Marchesi Antinori: la marque de la tradition

Lorsqu’on est dans le business du vin depuis 1385 – 26 générations! – la tradition est un concept avec lequel on doit vivre à tous les jours. De la fondation de la maison  il y a plus de 600 ans jusqu’à nos jours, Antinori s’est forgé une place de choix dans l’échiquier vinicole mondial, tout en conservant son coeur fermement toscan.

Francesco Visani - Antinori
Francesco Visani – Antinori

Le sympathique Francesco Visani, responsable des clients privés chez la maison Antinori, était de passage à l’Échaudé à Québec pour faire découvrir la gamme de vins de la famille à un petit groupe de journalistes et de passionnés de vin, dont j’ai eu la chance de faire partie. Ainsi, pendant cette soirée pluvieuse d’automne, la chaleur toscane est arrivée parmi nous.

Depuis le quartier général de la maison à Florence, la famille possède 6 domaines en Toscane, dont les noms vous seront familiers: Tignanello, Guado al Tasso, Pian delle Vigne, Badia a Passignano, Peppoli. À ce coeur s’ajoute entre autres un domaine dans les Pouilles (Tormaresca), au Piémont (Prunotto), en Ombrie (Catello della Sela) et aussi quelques établissements dans le Nouveau Monde, en Californie, dans l’état de Washington et au Chili. Bref, la gamme produite est large et peut accommoder une grande variété de palais et de portefeuilles. De plus, chacun de ces domaines est géré de manière indépendante et élabore le vin selon les coutume locales: ce n’est pas la famille qui va imposer des manières de faire qui vont à l’encontre de ce qui s’est toujours fait sur place.

Le grand classique de la maison, depuis près de 100 ans est le Villa Antinori. Une valeur sûre année après année, autant dans sa version blanche que rouge, tellement qu’il a été choisi par les ambassades d’Italie comme leur vin officiel, à la grandeur de la planète. Au Québec, il est disponible régulièrement à la SAQ Dépôt, ce qui le rend 15% plus attrayant…! Servez-le en accompagnement d’une des premiers braisés de l’automne et il brillera à table.

Une partie des rouges de la soirée
Une partie des rouges de la soirée

Mon coup de coeur de la soirée va au Chianti Classico Riserva Marchese Antinori. Provenant des vignobles de Tignagnello, Badia a Passagiano et de Pèppoli, il a été ma surprise de la soirée et est le verre qui s’est vidé le plus vite au cours du repas. On est clairement en Italie, avec une acidité bien présente et les tanins un peu rustiques du sangiovese, avec une rondeur et une profondeur certaine apporté par le 10% de cabernet sauvignon qui complète l’assemblage. Pour 35$, il s’agit d’un excellent rapport qualité-prix, qui se bonifiera admirablement bien dans le temps.

Quant au Tignanello, le millésime 2012 dégusté est un véritable bébé, mais qui montre déjà sa grande classe. L’équilibre est là et la longueur en bouche est impressionnante. C’est toutefois avec une bouteille de 2001 (merci infiniment, M. Beauchemin!) qu’on mesure toute l’ampleur de ce que ce vin peut donner. Immense encore après 15 ans, droit et tout juste fondu, cette bouteille était spéciale et donne immédiatement le goût d’en mettre quelques unes de côté pour les enfants…

Finalement, si vous avez des bouteilles de Guado al Tasso 2011 en cave, laissez-les filer pour quelques années encore avant d’ouvrir votre première. Toute jeune, celle dégustée mettait beaucoup à l’avant plan le côté un peu vert du cabernet franc utilisé dans l’assemblage. Presque dérangeant au début, il s’est finalement bien intégré dans l’ensemble au fil de la soirée, ce qui laisse entrevoir des belles choses pour l’avenir.

Ce que j’en retiens de la soirée? Lorsqu’on fait du vin depuis si longtemps, on a certainement compris un peu comment ça marche. La preuve de tout ça est dans l’esprit typiquement italien qu’on retrouve dans chaque bouteille. Ouvrez en une (ou deux, ou trois!) et vous verrez bien!

Merci à Marie-Lou Vermette de Mark Anthony Brands pour l’invitation à la soirée.

Bordeaux-les-Côtes

Lorsqu’on pense à Bordeaux, on a immédiatement en tête les grands châteaux prestigieux, les crus classés du Médoc et à la superbe place de la Bourse en bordure de la Garonne. C’est bien beau et c’est ce qui fait courir les foules, mais Bordeaux c’est significativement plus que ça.

Regroupés sous l’appellation Côtes de Bordeaux depuis 2009, les quatre appellations connues autrefois comme Premières Côtes de Blaye, Premières Côtes de Bordeaux, Côtes de Castillon et Bordeaux Côtes de Francs produisent maintenant près d’une bouteille de Bordeaux sur 10 et est la troisième plus importante AOC en France, avec ses plus de 1000 producteurs. Ici, le merlot domine, car les quatre zones sont situées sur les collines de la rive droite de la Garonne.

Côtes de Bordeaux (Soucre: http://www.bordeaux-cotes.com/)
Côtes de Bordeaux (Soucre: http://www.bordeaux-cotes.com/)

Le plus beau de l’histoire, c’est que ces domaines sont, dans la plupart des cas, des domaines à échelle humaine, qui, en prime, produisent des vins au prix abordable. Une quinzaine de producteurs étaient en ville à l’occasion de Bordeaux Fête le Vin à Québec et ont organisé un dîner auquel j’ai eu le plaisir d’être convié.

J’ai eu l’occasion de passer le dîner en la charmante compagnie de Christelle Gauthier, vigneronne au Château Roque le Mayne, dans l’appellation Castillon Côtes de Bordeaux. Elle nous livre un vin honnête – dans le bon sens du terme! – qui embrasse le terroir bordelais classique mais en lui ajoutant une touche épicée en finale, provenant d’une proportion de malbec assez importante. Pour le prix demandé de 23, 25$, difficile de demander mieux! Le vin est très bien équilibré, ce qui augure bien si on veut en mettre quelques exemplaires de côté.

Christelle Gauthier, du Château Roque le Mayne (Photo: Marie-Hélène Boisvert)
Christelle Gauthier, du Château Roque le Mayne (Photo: Marie-Hélène Boisvert)

Autre coup de coeur aussi pour le Château Grand Barrail, qui était présent sur nos tables dans le millésime 2014. Ici, autre lecture du terroir, sans élevage en barrique, que de la cuve inox pour préserver la pureté et la fraîcheur du fruit. Un fruit croquant et généreux, qui nous montre une autre facette du vignoble bordelais, qui est parfois caché par un élevage trop important.

Pour avoir une idée du potentiel vinicoles de Côtes de Bordeaux, jetez un oeil au Château d’Aiguilhe, disponible dans le millésime 2004 (!) dans quelques succursales, au même prix qu’était offert le 2009. On aura affaire à un vin d’un soit-disant petit millésime, mais qui est arrivé à maturité après une dizaine d’années. Le millésime est mal-aimé, mais a régulièrement offert des agréables surprises et le domaine a fait ses preuves par le passé.

Si vous voulez découvrir une facette de Bordeaux qui est trop souvent négligée, dirigez-vous vers les Côtes, elles vous le rendront bien.

Merci à Vincent Lafortune de Tuxedo Expérience Vinicole pour l’invitation au dîner des Côtes-de-Bordeaux, qui a eu lieu en marge de Bordeaux Fête le Vin à Québec 2015. 

Pala I Fiori Nuragus 2013

Ainsi, à la fin d’un souper al fresco lors d’une chaude soirée d’été la semaine dernière, il me restait un peu  du vin ouvert pour accompagner les crevettes grillées sur le barbecue, le I Fiori Nuragus 2013 de la maison sarde Fratelli Pala.

Il faisait beau et chaud, la température parfaite pour apprécier la vivacité de ce vin. On ne se sentait pas tout à fait en Sardaigne, mais presque…! Le nez est généreux, mêlant fruits à chair blanche et fleurs de pommiers. La bouche suit le même moule, ample et qui en donne beaucoup. Décidément, on est en présence d’un beau vin, qui va à l’encontre du résumé que Wine Grapes fait de ce cépage: Ancient, fertile and genrally unremarkable Sardinian [grape]… Comme quoi un producteur sérieux peut faire des belles choses avec des cépages moins prestigieux…!

Pala I Fiori Nuragus 2013
Pala I Fiori Nuragus 2013

Le souper terminé, je décide de reboucher la bouteille et de garder le reste pour le lendemain. J’entends toutefois mon voisin discuter sur la terrasse, et je le sais amateur de vin. Pour allonger la soirée, je décide de lui offrir de goûter, pour recueillir ses impressions en prévision de l’écriture d’un billet. Après un moment de questionnement (j’avais servi le tout à l’aveugle!), de surprise (quoi? c’est juste 16.70$ ?!?) et d’appréciation, la conversation dérive et la bouteille se vide tranquillement…

La vraie nature du vin, c’est d’être partagé en bonne compagnie.

Note:  Merci à Elixis Vins et Spiritueux pour la bouteille reçue en échantillon.

Badenhorst Family Wines Sécateurs 2012

Secateurs Red (Photo: SAQ.com)
Secateurs Red (Photo: SAQ.com)

Je dois l’admettre d’emblée, je ne suis pas habituellement un fan des vins de l’Afrique du Sud, n’ayant jamais eu vraiment de vins qui sont venus me chercher par les tripes (à l’exception notable du Vin de Constance). Ceux que j’ai goûté m’ont souvent parus lourds et sans grande finesse.

Je vais devoir par contre revoir cette idée préconçue car j’ai été réellement emballé par la cuvée Sécateurs Rouge de A.A. Badenhorst Family Wines. Formé chez Angélus et chez Alain Graillot, André Adriaan Baddenhorst a visiblement fréquenté les bonnes écoles.

On est ici en présence d’un assemblage principalement de Shiraz (55%) et de Cinsault (32%), avec le reste de la salade de fruits du domaine, soit du Cabernet Sauvignon, de la Tinta Barroca, du Pinotage, de la Grenache et du Mourvèdre, le tout cultivé en bio. L’élevage se fait en cuves et en foudres pour 12 mois avant d’être embouteillé après une légère filtration. Le vigneron cherche ici à donner une ampleur au vin plutôt qu’à chercher à extraire des notes boisées.

Au final, on a le vin parfait pour le barbecue cet été, avec des notes généreuses de fruits rouges – fraises, cassis – et d’épices, mais surtout une fraîcheur tout à fait bienvenue autour du grill. En bouche, les tanins sont bien arrondis et s’étire dans une longue finale. Il saura charmer à la fois les amateurs des vins du Nouveau Monde par sa générosité et ceux qui ne jurent que par l’Europe par sa fraîcheur.

On retrouve aussi sur les tablettes de la SAQ les deux vins blancs du domaine à base de Chenin Blanc: Sécateurs et le Badenhorst White Blend. S’ils sont à l’image de ce Sécateurs rouge, on sera définitivement devant un domaine gagnant!

 

7 Beaujolais à l’aveugle

L’an dernier, j’avais écrit sur ce blog que de recommander du Brouilly de Duboeuf était une suggestion un peu plate. L’auteur n’avait pas particulièrement apprécié et j’ai donc eu l’idée d’organiser une dégustation à l’aveugle de Beaujolais afin de voir comment il pourrait se débrouiller face à d’autres vins qu’un chroniqueur pourrait suggérer en remplacement.

Le Beaujolais, dans son expression la plus pure, est un vin bourré de fraîcheur et de fruit, élaboré à base de gamay. Généralement du côté léger du spectre, les amateurs de gros shiraz australiens trouveront qu’ils manquent un peu de punch, c’est personnellement un style de vin que j’adore, qui peut se montrer à la fois gourmand, terreux, fruité, funky et épicé. Reste à faire le tri et de repartir avec la bonne bouteille.

Great Beaujolais Showdown
Great Beaujolais Showdown

Voici donc, dans l’ordre de dégustation choisi au hasard, les commentaires sur les vins servis. Pour des raisons logistiques, on a dû faire une vague de 4 vins puis une vague de 3 vins. Le hasard a regroupé les 3 produits réguliers au début de la première vague. Autrement, j’ai essayé de rassembler autant des produits disponibles dans le répertoire régulier de la SAQ et des produits un peu plus pointus, tous dans la même gamme de prix.

  1. Brouilly “Sous les Balloquets” Louis Jadot 2013
    C’est probablement le vin qui a le moins bien paru de la soirée. Il a paru muet, mince et un peu acide. Toutefois, le reste de la bouteille s’était considérablement ouvert la seconde journée, conséquence du millésime 2013. (7e place, 42 points)
  2. Brouilly Georges Duboeuf 2013
    Le classique Brouilly (transvidé dans une autre bouteille pour ne pas donner d’indices aux dégustateurs) est effectivement classique. Un beau fruité, une jolie structure en bouche, rien à redire. Ceci dit, il n’était pas terriblement excitant non plus et n’a pas réellement pris d’ampleur au cours des jours qui suivent. (6e place, 34 points)
  3. Brouilly Château de la Chaize 2013
    Belle surprise que ce vin au répertoire général de la SAQ. Le nez offre un beau fruité et la texture en bouche est particulièrement bien équilibrée, entre l’acidité et la maturité. Il a reçu deux votes de deuxième place et deux votes de troisième place. (4e place, 19 points)
  4. Beaujolais Jean Foillard 2013
    Personnellement, ce fun mon préféré de la soirée. Significativement plus funky que les trois autres, avec un petit côté terreux qui vient rehausser le tout, sans sacrifier le côté glougloutant du bon Beaujolais. Il est de loin le plus complexe de cette première vague et mérite les deux votes de première place qu’il a reçu. (2e place ex aequo, 19 points)
  5. Brouilly Pierreux Pierre-Marie Chermette 2013
    D’un producteur que j’affectionne, c’était aussi le vin le plus dispendieux de la soirée, à 25,65$. Ici, classique et droiture sont les mots clés et est à recommander pour ceux qui veulent connaître ce qu’est un Beaujolais de belle facture, tout en finesse. (2e place ex aequo, 19 points)
  6. Brouilly Georges Descombes 2013
    L’autre grand gagnant de la soirée, qui a fini sur le podium de 6 des 7 dégustateurs. Un judicieux mélange de fruits et d’épices, de puissance, de pureté et de buvabilité. Si vous parvenez à mettre la main sur une des dernières bouteilles présentes dans le réseau, n’hésitez pas une seconde. (1ere place, 14 points)
  7. Maison B Perraud Le P’tit Poquelin 2013
    Tiré de l’arrivage du 23 avril de vins nature de la SAQ, ce vin a été celui qui a récolté la plus grande gamme de votes, soit entre la 6e et la première place, comme quoi les vins nature ne laissent personne indifférents… On salue à la fois son fruité pur et son caractère joyeux, mais en même temps, la texture un peu asséchante en bouche et une finale un peu amère viennent gâcher un peu le plaisir. Pour ceux qui veulent sortir de leur zone de confort. (5e place, 21 points)

Il est important de mentionner que tous les vins s’en sont bien tirés, même ceux qui ont terminé en bas de classement.

Au final, qu’en est-il de la performance du Duboeuf? Je peux maintenant continuer d’affirmer que lorsqu’on cherche un Beaujolais de belle facture, on peut trouver mieux à prix à peu près égal. Il s’agit de bien connaître son producteur et de retenir ces noms: Descombes, Foillard et Chermette.

L’ordre des vins a été choisi au hasard et j’étais le seul à connaître l’identité des vins. J’en ignorais par contre l’ordre de service. Chaque participant était invité à classer les vins de 1 à 7 et le classement était déterminé par la somme des positions. Trois vins ont terminé à égalité en nombre de points, les votes de 1ere place ont servi de départage.